Lettre d'information - avril 2015

Extraits de "Le sang des sirènes"


- Regardez ces jeunes. Regardez-les bien ! Ce ne sont plus des enfants mais ce ne sont pas encore des adultes. Ils sont dans une période charnière ; elle est plus ou moins bien vécue, plus ou moins bien maîtrisée. Une certitude : elle est toujours source de malaise, car elle est synonyme de mutation, avec son lot de pertes, en échange de gains aussi hypothétiques que nébuleux. Pour eux, finie l'insouciance. Exit la bienveillance inconditionnelle des adultes, l'absence de responsabilité, et j'en passe… Et ce qui suivra est à construire. Et ils le savent ! Même s'ils bénéficient d'aide extérieure - des parents, ou des amis - ils ne devront finalement compter que sur eux-mêmes, en s'inspirant des modèles qui les entourent. Et quand on regarde autour de certains, on comprend que cette perspective ne provoque pas toujours l'enthousiasme, n'est-ce pas ? Et il faut ajouter les transformations physiques plus ou moins harmonieuses, mais toujours sources d'anxiété. Vous souvenez-vous de votre adolescence, Commissaire ?

 

Pensif, Wolf porte la main à son visage, et effleure sa joue, la naissance de sa cicatrice. Insensiblement, sa diction devient hachée ; un accent germanique affleure au seuil des consonnes.

-  Une adolescence à l'ombre du Mur de Berlin n'incline pas à la nostalgie, docteur Pandora. Surtout quand il s'agit du mauvais côté du Mur ! A l'époque, les boutons sur le nez n'étaient pas vraiment ma priorité. Ni pour moi ni pour mes camarades. Et pourtant, on ne se suicidait pas si jeune. […]

 

-  […] Petites causes, grands effets. Juste une pilule à avaler, et hop ! Le néant. Sans violence. Un petit geste, aussi anodin qu'une friandise. La méthode préférée des femmes, en tout cas statistiquement parlant. Et ça se comprend. Pas besoin de tournicoter pour trouver une arme ; la boîte à pharmacie familiale en contient suffisamment. Au besoin, il suffit de s'adresser au toubib du coin, ou Internet. Le résultat est garanti, sans compétences particulières. Il faut le reconnaître : c'est quand même plus aléatoire quand il s'agit d'ajuster le canon d'une arme sur un organe précis ! Et avec la chimie, la scène reste d'une propreté irréprochable, un peu comme la chambre de la Belle au bois dormant. La majorité des candidates au suicide prennent une douche avant l'acte fatal. Vous le saviez, non ? Certaines vont jusqu'à se maquiller. C'est important pour une femme de laisser une belle image, de ne pas violenter son corps   avec des bouts de barbaques dans tous les sens. Vous voyez le tableau, ou bien ? […]