Lettre d'information - novembre 2016

Extraits de "Pour la peau" / Emmanuelle Richard (Olivier, 2016)

[…] Je saisis que cet homme peut me faire perdre pied, me pousser très loin dans ce sens-là, et que je suis au bord de quelque chose qui me dépasse.

[…] Je le voulais comme je n'ai jamais voulu personne.
Je n'ai jamais voulu quelqu'un avec tant de force, jamais voulu quelqu'un à ce point, jamais croisé quelqu'un qui réunissait autant en une seule personne la somme de ce qui m'émeut.
Je l'aimais plus que tout, bien au-delà de moi-même.

Si tu savais, tout ce que j'aurais donné - vingt ans de ma vie pour six mois avec toi - n'importe quoi pour espérer être avec toi, que tu me prennes dans ta vie et que tu me gardes.
Tu m'as quittée trois fois, tu m'as quittée tout le temps.

[…] On se voyait deux fois par mois. Je savais que c'était fragile.
Chaque fois je pensais ne plus jamais te revoir.
Et pourtant, malgré l'encombrement les empêchements de chaque nouvelle fois, il y avait toujours cet éblouissement pour moi de te voir, cette grâce et cette joie vive à passer du temps tous les deux.

[…] Je suis venue m'asseoir sur tes genoux. Tes mains tremblaient aussi fort que les miennes, et juste avant que tu ne dises les mots qui ne se rapportent pas parce qu'ils ne sont pas des trophées tu as posé ton visage contre mon épaule, tu t'es laissé aller comme ça, comme de retour après un long voyage, et nous nous sommes serrés longtemps. Tandis que nous nous serrions je nous ai crus enfin arrivés sur une plage calme et paisible, je nous ai crus enfin arrivés au commencement de la paix.
   Puis nous nous sommes levés. Nous nous sommes tenu la main pour aller dans la chambre,
   et sur le lit tu as ces mots rares et fragiles,
   mots si fragiles qu'ils ne doivent être précisément vrais qu'à l'instant fugace où ils sont prononcés, tu me dis que toi aussi tu. C'est moi que. En fait.
   Tu as ces mots juste avant que nous tombions l'un dans l'autre une dernière fois, je crois enfin que tu m'as choisie, et l'on se berce et c'est la douceur infinie - l'abandon infini pour la dernière fois.
   "On peut passer d'un amour à un autre amour ?" me poses-tu comme question, tu es grave, je suis légère, mon visage au-dessus du tien je ris en disant que oui bien sûr, dans la légèreté des mots que tu viens de prononcer auxquels je ne m'attendais pas, oui bien sûr on peut avoir plusieurs amours dans une vie et ça ne signifie pas trahir le précédent, des mots que je ne pensais pas entendre un jour de ta bouche pour moi, je t'étreins, je tombe en toi, je ris et je suis heureuse, je n'ai pas entendu que c'était une question, je n'ai pas compris la gravité de ton regard tandis que nous nous enfonçons l'un dans l'autre pour la dernière fois.