Lettre d'information - octobre 2015

Avant-propos du livre "Temples perdus : et Henri Mouhot découvrit Angkor", de Claudine Le Tourneur d'Ison

     Jamais je n'avais entendu parler d'Henri Mouhot lorsque je suis tombée par hasard sur son cénotaphe au Laos. Partie de Luang Prabang sur un rickshaw pétaradant pour grimper vers les hauteurs de la ville, dans un virage mon regard se figea sur une pancarte à son nom en direction d'un sentier s'enfonçant dans la forêt. Je m'y suis aventurée en laissant le rickshaw et son chauffeur sur le bord de la route. Entre les arbres, l'étroite sente s'est transformée en montagnes russes au cœur d'un silence à peine troublé par des chants d'oiseaux. Après cinq bonnes minutes de marche, apparut à travers un trait de lumière une tombe d'un blanc éclatant posée sur un promontoire. Sur l'un des côtés du monument était inscrit en lettres noires le nom d'Henri Mouhot (1826-1861). Quelle émotion de se retrouver dans le souvenir d'un homme inhumé si loin des siens ! Qui donc était ce Français venu mourir à l'orée d'un monde perdu ? Pourquoi avait-il été enterré là, au-dessus des flots boueux du Namkan ? Qu'était-il venu faire au Laos ? De quoi était-il mort ? Tant de questions qui ne cessèrent de m'intriguer. Il me fallut attendre d'être au Cambodge pour qu'un archéologue me révèle l'histoire de ce chasseur de papillons fou de voyage et de botanique qui avait tout quitté pour vivre trois années d'aventure en Indochine. Il y était mort, et le temps faisant son œuvre, son nom fut englouti comme le fut sa tombe par une crue du Namkan jusqu'à ce que d'autres savants Français fassent ériger un cénotaphe à sa mémoire.
     Le personnage me fascina. Je lus le récit qu'il laissa de son périple à travers Siam, Cambodge, Laos, pays alors d'un mystère étourdissant, au cœur de jungles noueuses, parmi une faune et une flore immensément riches et diverses, sous la coupe encore de civilisations raffinées, surprenantes et multicolores.
     J'eus envie de faire revivre ce personnage, de le sortir de la nuit noire où il avait sombré. L'extraire de l'indifférence injuste des historiens […]