Lettre d'information - octobre 2016

Extraits de "Grain sensible" / Olivier Humbrecht (Editions Tonnerres de l'Est, 2015)

Gourmand Awards 2015 (meilleur livre français de littérature sur le vin)

 
[…] Pour ma part, je dirais simplement que notre propos doit faire connaître le vin pour le faire apprécier à sa plus juste valeur. Comprendre pour aimer et aimer pour comprendre : telle peut être la clef. De cette façon, le vigneron pourra rendre hommage à un vin simple, mais honnêtement fait. Tous les vins ne sont pas égaux ; apprécier un vin de terroir élémentaire, mais agréable et singulier en raison justement de cette appartenance à son terroir, constitue déjà une capacité estimable. Si, sans vocabulaire stéréotypé ni emphase, on parvient à exprimer cette singularité, nous toucherons la qualité la plus pure, celle qui est devenue l'essence du vin. Par qualité, j'entends ici la valeur et la caractéristique d'un vin qui est réellement lui-même : ce que les amateurs de vin d'aujourd'hui attendent de ce qu'ils boivent, qui émane d'une viticulture qui laisse derrière elle la productivité, la quantité, la monotonie industrielle appliquée à l'un des êtres les plus vivants qui soient. Dans son honnêteté singulière, un vin de pays peut égaler un grand cru ; tous deux diront leur lieu de naissance, et apporteront un grand plaisir. C'est cela, le vin. Car dans les deux cas, ne l'oublions pas, le vigneron aura dû fournir de grands efforts et affronter maints aléas avant que le raisin métamorphosé trouve sa plénitude.

[…] Sans cesse, nous agissons sur la matière et la transformons dans des proportions parfois inouïes. Ces transformations peuvent être très profondes et irréversibles. Comme toute culture agricole, celle de la vigne consiste à accompagner un être vivant dans sa croissance, et à le conduire selon des desseins que nous nous sommes donnés avec lui. Nous transformons une plante pour la mener là où nous estimons désirable qu'elle aille. Et il semble que la vigne ait besoin de passer par nous pour révéler la richesse, aussi fantastique qu'insoupçonnée, qu'elle recèle en elle.
   Mais les raisins sont fragiles, et ils reçoivent souvent de nombreux traitements chimiques destinés à lutter contre les maladies. Le vigneron dispose alors de plusieurs solutions, qui engagent radicalement sa relation non seulement à sa vigne, mais aussi à son métier, et à la vie comme totalité. Au plan agronomique, le vigneron peut choisir d'adopter la voie dite conventionnelle, ou celle de l'agriculture biologique, ou celle de la bio-dynamie.
Dans notre domaine, nous avons, depuis maintenant quinze ans, choisi la bio-dynamie, qui s'oppose entièrement aux procédés de l'agriculture conventionnelle. A mes yeux, cette dernière constitue une illusion qui déroge à l'intelligence de la nature […]